Par Ariel Esteban Cayer & Mathieu Li-Goyette
 

Jeu récréatif du Moyen-âge où le parcours dépend des cases, où l'on saute de l'une à l'autre pour mieux y revenir sans trébucher.

C'est un peu ça, la bande dessinée.

Planche 76 de The Fixer: A Story From Sarajevo (2003) écrit et illustré par Joe Sacco chez Drawn and Quarterly.

Planche 76 de The Fixer: A Story From Sarajevo (2003) écrit et illustré par Joe Sacco chez Drawn and Quarterly.

Couverture de Action Comics #381 (1969) écrit par Leo Dorfman et illustré par Curt Swan chez DC Comics.
(couverture de Curt Swan et Murphy Anderson)

Couverture de Action Comics #381 (1969) écrit par Leo Dorfman et illustré par Curt Swan chez DC Comics.

(couverture de Curt Swan et Murphy Anderson)

Les superbes couvertures de Jonathan Hickman pour The Manhattan Projects (#1-9) chez Image Comics, série écrite par Hickman et illustrée par Nick Pitarra.

Planche 27 de Safe Area Goražde (2000) écrit et illustré par Joe Sacco chez Fantagraphics.

Planche 27 de Safe Area Goražde (2000) écrit et illustré par Joe Sacco chez Fantagraphics.

Green Lantern Annual #1

Huit après Green Lantern: Rebirth (2004), Geoff Johns et Ethan Van Sciver refont équipe pour le premier Annual de la relance New 52 (maintenant célèbre pour avoir remis à zéro l’univers de DC Comics… sauf celui du personnage de Green Lantern). Maintenant le cap près de dix ans plus tard, Johns met un terme au règne de Hal Jordan dans un numéro dont la couverture rappellera évidemment le mythique Death of Superman.

Ici, les Guardians, après avoir créé une armée de Manhunters et une autre de Green Lanterns, s’affairent à la création d’une troisième armée (d’où le titre du prochain évènement de l’univers de Johns: Rise of the Third Army) de bêtes à leur image. Entre cette menace intersidérale et un duel de force entre Jordan, Sinestro (un allié inespéré) et Black Hand, la structure en parallèle préconisée par Johns s’entrelace jusqu’à sa conclusion magistrale; à deux doigts de ramener à la vie de père de Jordan (décédé, on le sait, dans un accident d’avion) en espérant le «zombifier», l’antagoniste maîtrisant la matière même de la mort y va d’éclats de rire terrifiant où sa chair tombe et où il se fait Faucheuse incarnée.

Fidèle à ses habitudes, celui qui a transformé la saga Green Lantern en délire cosmique new age poursuit sa polarisation des personnages de cet univers dans des catégories bien précises (les verts représentent le courage, les jaunes la peur, les rouges la colère, le noir la mort et maintenant les bleus s’enlignent pour être la couleur de l’équilibre divin). Simple par son schéma, la diffusion colorée de l’auteur parvient à ancrer ses personnages dans un symbolisme des plus concrets que Van Sciver parvient à illustrer dans une série de face à face d’une brutalité inouïe.

Quant à l’épilogue, toujours écrit par Johns, il est dessiné par Pete Woods et Cam Smith qui avaient le défi d’en arriver à un design cohérent pour cette troisième armée dont on attend toujours de voir la puissance. Définis par leurs regards (une manie chère à Johns qui vient d’y avoir recours pour son roman graphique à succès Batman Earth One), ces bêtes bleues naissent à partir de corps humains dont le coeur s’éjecte dès la métamorphose terminée…

À lire pour la mort de Jordan et de Sinestro (tout à fait mémorable), à découvrir pour les néophytes, le premier Annual «lanternien» de cette relance massive semble être le point de départ/rattrapage tant attendu pour ceux qui craignaient d’avoir à retracer les quelques 70 numéros déjà écrits par Johns qui, si on peut toujours lui reprocher le manque de cohérence de projet en projet, tire systématiquement son épingle du jeu lorsqu’il est en terrain connu. Depuis que l’on sait que le prochain Lantern sera un musulman d’origine arabe(!), force est d’admettre que le chief creative officer de DC Comics a plus d’un tour dans son sac pour faire parler de lui et que ce n’est pas demain la veille qu’on le verra se retirer de l’aventure Green Lantern.

(MLG)